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La sobriété numérique, un nouvel enjeu écologique
On l'oublie souvent : les usages numériques consomment de l'électricité dans les appareils, les réseaux et les centres de données. Longtemps invisible, l'empreinte écologique du numérique commence à inquiéter. D'où l'apparition d'un mot nouveau : la « sobriété numérique », c'est-à-dire l'art d'utiliser les technologies avec modération.
Ingénieur dans un centre de données, Romain Delcourt connaît le problème de l'intérieur. « Ces bâtiments tournent jour et nuit et consomment énormément, surtout pour se refroidir, explique-t-il. On a fait d'énormes progrès : nos installations sont bien plus économes qu'il y a dix ans. » Mais il refuse de se rassurer à bon compte. « Le piège, c'est que plus c'est efficace, plus on consomme. Chaque fois qu'une technologie devient économe, on s'en sert davantage, et au total la consommation augmente quand même. » Selon lui, la technique seule ne suffira pas. Il plaide pour que les constructeurs cessent de pousser au remplacement permanent des appareils, principal moteur de cette course au renouvellement des équipements.
La chercheuse Naïma Belkacem va plus loin. « On nous vend le numérique comme immatériel, propre, sans conséquence. C'est un mensonge confortable. » Elle insiste sur le poids caché des appareils eux-mêmes. « Le plus polluant, ce n'est pas d'envoyer un courriel, c'est de fabriquer le téléphone qui l'envoie. Changer de smartphone tous les deux ans, voilà le vrai gaspillage. » Pour elle, la sobriété commence par garder ses appareils plus longtemps, bien avant de surveiller ses courriels.
Dans les entreprises, le discours évolue. « Nous avons compris qu'il ne s'agissait pas seulement d'image », assure Philippe Arnaud, responsable du numérique dans une grande société. Il a lancé un plan : allonger la durée de vie des ordinateurs, limiter le stockage inutile, sensibiliser les salariés. « On garde des milliers de fichiers qu'on ne rouvrira jamais, et tout cela consomme. Les fichiers conservés sur des serveurs contribuent à leur consommation d'énergie, notamment pour leur fonctionnement et leur refroidissement. » Il reconnaît cependant les limites de l'exercice : « Demander des efforts aux salariés, c'est bien. Mais si l'entreprise, elle, multiplie les écrans et les serveurs, le compte n'y est pas. »
Les données disponibles montrent que l'empreinte environnementale du numérique reste importante, notamment avec la multiplication de certains usages et équipements. Naïma Belkacem refuse pourtant le catastrophisme. « Il ne s'agit pas de revenir à la bougie, mais de choisir. Ai-je vraiment besoin de ce nouvel appareil, de cette vidéo en très haute définition ? » Romain Delcourt partage cette approche. « La machine la plus écologique, c'est celle qu'on n'a pas remplacée. »
1.Que désigne la « sobriété numérique » ?1 pt
2.Pourquoi les progrès techniques ne suffisent-ils pas toujours à réduire l'impact du numérique ?1.5 pts
3.Quel aspect de l'impact du numérique Naïma Belkacem met-elle particulièrement en avant ?1.5 pts
4.Selon Naïma Belkacem, quelle action est prioritaire pour réduire l'impact du numérique ?1.5 pts
5.Quelles mesures Philippe Arnaud a-t-il mises en place dans son entreprise ?1 pt
6.Selon Philippe Arnaud, à quelle condition les efforts des salariés resteront-ils vains ?1.5 pts