Sans les abeilles, nos assiettes seraient plus pauvres
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Sans les abeilles, nos assiettes seraient plus pauvres
On les remarque à peine, et pourtant elles décident en partie de ce que nous mangeons. Les abeilles, mais aussi les papillons, les bourdons et des milliers d'autres insectes, assurent la pollinisation* d'une grande partie des plantes cultivées. Selon la FAO, environ 75 % des types de cultures alimentaires dans le monde dépendent, au moins en partie, de ces pollinisateurs. Or, un peu partout, leurs populations diminuent. Le phénomène n'est pas nouveau, mais il s'est accéléré ces dernières décennies, au point d'inquiéter les scientifiques du monde entier.
« On parle souvent de l'abeille domestique, celle des ruches, mais le vrai problème touche surtout les espèces sauvages, moins connues et beaucoup plus fragiles », explique Hélène Vasseur, chercheuse spécialiste des insectes. Une évaluation européenne publiée en 2025 estime d'ailleurs qu'environ 10 % des espèces d'abeilles sauvages étudiées sont menacées d'extinction. La chercheuse énumère les causes : disparition des haies et des prairies fleuries, usage massif de pesticides, pollution, et bien sûr le changement climatique. « Ce n'est jamais une seule cause : plusieurs facteurs, ensemble, finissent par fragiliser les populations d'abeilles. » Elle insiste : derrière chaque pomme, chaque courgette, chaque amande, il y a le travail discret d'un insecte.
Apiculteur depuis trente ans, Didier Moreau observe les changements de près. « Certaines années, je perds la moitié de mes colonies sans vraiment comprendre pourquoi, confie-t-il. Les abeilles trouvent de moins en moins de fleurs, et quand elles en trouvent, elles sont parfois traitées. » Il refuse pourtant de céder au découragement. « On peut agir. Laisser des zones sauvages, semer des fleurs, réduire les traitements : dans les jardins que je conseille, j'ai vu revenir certaines fleurs et des insectes pollinisateurs lorsque les espaces étaient mieux adaptés à leurs besoins. »
Tous ne voient pas le problème du même œil. Certains agriculteurs se sentent injustement accusés. « On nous présente comme les responsables de tout, proteste Julien Caron, céréalier*. Mais sans protection, une partie de nos récoltes serait perdue. On ne peut pas nous demander de nourrir le pays et de tout arrêter du jour au lendemain. » Il demande que les changements se fassent progressivement et que les agriculteurs reçoivent une aide financière.
Sur ce point, chercheuse et apiculteur le rejoignent : la solution ne viendra pas en opposant agriculture et nature. « Les agriculteurs sont les premiers concernés, souligne Hélène Vasseur. Sans pollinisateurs, pas de fruits, pas de légumes, pas de graines. Les protéger, ce n'est pas un caprice d'écologiste, c'est défendre notre alimentation. » Didier Moreau conclut d'une image simple : « Une abeille ne connaît pas les frontières d'un champ. Ce qu'on sème autour d'elle, c'est ce qu'on récoltera demain dans nos assiettes. »
la pollinisation* transport du pollen d'une fleur à une autre, qui permet aux plantes de produire des fruits et des graines.
céréalier* agriculteur qui cultive des céréales comme le blé ou le maïs.
1.Quel rôle jouent les abeilles et les autres pollinisateurs ?1 pt
2.Qu'est-ce qui distingue les abeilles sauvages des abeilles domestiques, selon Hélène Vasseur ?1.5 pts
3.Quelles causes du déclin Hélène Vasseur met-elle en avant ?1 pt
4.Qu'observe l'apiculteur Didier Moreau ?1.5 pts
5.Qu'est-ce qui nourrit l'espoir de Didier Moreau ?1.5 pts
6.Que reproche Julien Caron aux critiques adressées aux agriculteurs ?1.5 pts
7.Quelle idée générale ressort de la conclusion ?1 pt