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La mode jetable face au défi de la seconde main
Entre 2000 et 2015, la production mondiale de vêtements a presque doublé. Sur la même période, les consommateurs européens ont acheté environ 60 % de vêtements en plus et les ont gardés deux fois moins longtemps. Une quantité énorme de textiles finit ainsi jetée : une estimation souvent citée évalue à l'équivalent d'un camion par seconde les vêtements mis en décharge ou incinérés dans le monde. Face à ce gâchis, le marché de la seconde main* s'est fortement développé. Vide-dressings*, friperies, applications de revente : acheter et vendre des vêtements d'occasion est devenu banal, y compris pour des habits presque neufs.
« Acheter d'occasion n'a plus rien de honteux, au contraire, se réjouit Léa Brunet, responsable d'une plateforme de revente en ligne. Pour beaucoup de jeunes, c'est même devenu un réflexe : on achète, on porte, on revend. » Elle y voit une révolution des mentalités. « Avant, un vêtement d'occasion, c'était un vêtement de pauvre. Aujourd'hui, c'est un bon plan, et parfois une pièce unique qu'on ne trouve plus en magasin. » Elle reconnaît malgré tout une contradiction. « Le risque, c'est que revendre facilement pousse aussi à acheter toujours plus. »
C'est précisément ce qui inquiète Thomas Girard, créateur de vêtements fabriqués à la main. « La seconde main, c'est bien, mais ça ne règle pas le vrai problème : on produit beaucoup trop, affirme-t-il. Tant qu'on fabriquera des vêtements conçus pour ne durer qu'une saison, on continuera à remplir les poubelles. » Pour lui, la solution passe d'abord par la qualité. « Mieux vaut acheter moins, mais mieux. Un bon vêtement se garde des années, se répare, se transmet. »
La chercheuse Nadia Lemaire nuance l'enthousiasme ambiant. « La seconde main est une vraie bonne nouvelle, mais attention à l'illusion, prévient-elle. Si l'on revend ses habits pour en racheter deux fois plus, le bénéfice pour la planète disparaît. » Elle rappelle que le vêtement le plus écologique reste celui qu'on possède déjà. « Prolonger la vie de ses vêtements, les réparer, les prêter : voilà ce qui compte vraiment, bien avant d'acheter, même d'occasion. » Elle invite à se poser une seule question avant chaque achat : en ai-je vraiment besoin ?
Tous reconnaissent cependant une même limite : la seconde main ne suffit pas si elle pousse à consommer toujours plus ; il faut aussi acheter moins et garder ses vêtements plus longtemps. Léa Brunet veut rester optimiste. « Quelque chose est en train de changer, surtout chez les jeunes. » Thomas Girard, lui, préfère la prudence. « Changer de regard sur un vêtement, c'est un début. Mais tant que le neuf coûtera moins cher qu'une réparation, le combat sera difficile. »
la seconde main* achat et vente d'objets déjà utilisés, ici des vêtements d'occasion.
Vide-dressings* ventes de vêtements d'occasion entre particuliers, à domicile ou en ligne.
1.Que montrent les chiffres cités au début de l'article ?1 pt
2.Selon Léa Brunet, comment le regard sur les vêtements d'occasion a-t-il changé ?1.5 pts