Quand trouver un médecin devient un parcours du combattant
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Quand trouver un médecin devient un parcours du combattant
Prendre rendez-vous chez un médecin généraliste et attendre des semaines, parfois renoncer faute d'en trouver un : pour de nombreux Français, c'est devenu une réalité. Plus de six millions de personnes n'ont aujourd'hui pas de médecin traitant. Ces difficultés d'accès aux soins, que l'on résume souvent par l'expression « déserts médicaux », ne touchent plus seulement les campagnes isolées, mais aussi certaines banlieues et petites villes. Derrière ce mot un peu abstrait se cachent des situations très concrètes : des rendez-vous repoussés de plusieurs mois, des urgences débordées, des patients qui renoncent à se soigner.
Installée depuis vingt ans dans un village, la docteure Martine Leroy voit la situation se dégrader. « Je devais partir à la retraite l'an dernier, mais je continue, faute de remplaçant, raconte-t-elle. Mes patients n'ont nulle part où aller. » Elle comprend que les jeunes médecins hésitent à s'installer loin des villes. « On ne peut pas leur reprocher de vouloir une vie, des écoles pour leurs enfants, un travail pour leur conjoint. Le problème n'est pas qu'ils soient paresseux ; c'est tout un territoire qui s'est vidé autour d'eux. »
Les élus locaux se sentent souvent démunis. « On a construit une belle maison de santé*, avec des cabinets tout équipés. Elle reste à moitié vide », regrette Paul Brunet, maire d'une commune rurale. Il a tout essayé : aides financières, logements de fonction, accueil personnalisé. « On se retrouve à se disputer les quelques médecins disponibles, comme si on jouait aux chaises musicales. Celui qui vient chez moi manquera forcément ailleurs. » « On finit par se faire concurrence les uns les autres, et ce sont les plus petites communes, les moins riches, qui perdent à chaque fois », ajoute-t-il.
Pour l'économiste de la santé Samuel Diaz, c'est justement là que se trouve le piège. « Tant qu'on raisonne commune par commune, on déplace le problème sans le résoudre, analyse-t-il. Le nombre total de médecins reste insuffisant : se les arracher à coups de primes ne crée pas un seul soignant de plus. » Il plaide pour des solutions collectives : travail en équipe, délégation de certaines tâches aux infirmiers, consultations à distance lorsque la situation s'y prête.
Tous insistent cependant sur un point : la technologie ne remplacera pas tout. « La téléconsultation* peut dépanner, reconnaît Martine Leroy, mais un écran ne pose pas la main sur un ventre qui fait mal. » Samuel Diaz partage cette prudence. « Il n'y a pas de solution miracle. Former plus de médecins prend dix ans ; en attendant, il faut mieux organiser ceux qui existent. » Un effort qui demandera des années, pour un problème qui, lui, ne peut plus attendre.
maison de santé* lieu qui regroupe plusieurs professionnels de santé (médecins, infirmiers…).
téléconsultation* consultation médicale réalisée à distance, par écran.
1.Que montre l'article à propos des difficultés d'accès aux soins ?1 pt
2.Pourquoi la docteure Martine Leroy continue-t-elle de travailler ?1.5 pts
3.Selon Martine Leroy, qu'est-ce qui peut rendre les zones rurales moins attractives pour les jeunes médecins ?1.5 pts
4.Que regrette le maire Paul Brunet ?1.5 pts
5.Que reproche Samuel Diaz à la concurrence entre les communes pour attirer des médecins ?1.5 pts
6.Quelles solutions Samuel Diaz propose-t-il ?1 pt
7.Sur quelle limite de la technologie les intervenants s'accordent-ils ?1 pt