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Anaïs Le Goff a 39 ans, et depuis six ans, elle travaille à faire revivre le breton, une langue régionale aujourd'hui menacée de disparition. Traductrice pour de grandes entreprises pendant une dizaine d'années, elle traduisait des contrats et des rapports financiers de l'anglais vers le français, un métier lucratif mais qu'elle a fini par quitter, insatisfaite.
« Je gagnais très bien ma vie, mais je traduisais des textes qui ne me touchaient jamais vraiment, raconte-t-elle. Un été, en rendant visite à ma grand-mère bretonnante*, j'ai réalisé qu'elle était l'une des dernières de sa famille à parler couramment cette langue. Ce constat m'a bouleversée, et je n'ai plus pensé qu'à ça pendant des semaines. » Anaïs décide alors de réorienter entièrement sa carrière vers la traduction et la préservation du breton.
Elle a dû réapprendre cette langue qu'elle ne parlait, enfant, que de façon très limitée, en suivant des cours intensifs pendant deux ans, puis en passant de longues heures avec des locuteurs âgés pour recueillir des expressions rares, menacées de disparaître avec eux. « Beaucoup de mots n'existent que dans la mémoire de quelques personnes très âgées. Si personne ne les note, ils disparaîtront définitivement dans quelques années à peine, sans laisser aucune trace. »
Elle se souvient particulièrement d'un homme de quatre-vingt-treize ans, dernier habitant de son village à connaître certains noms bretons de plantes locales. « Il m'a tout raconté en une seule après-midi, comme s'il savait que le temps lui était compté. Il est décédé quelques mois plus tard. Sans cet enregistrement, tout ce savoir aurait disparu avec lui, pour toujours, sans que personne ne s'en aperçoive. »
Le travail de sauvegarde linguistique reste néanmoins précaire financièrement. Anaïs vit principalement de traductions ponctuelles pour des institutions culturelles et de subventions régionales, insuffisantes pour financer un poste stable à temps plein. « Certains mois, je dois refuser des projets passionnants faute de budget suffisant. C'est frustrant de savoir que des locuteurs âgés meurent chaque année, emportant leur savoir avec eux. »
Ce qui frappe, en discutant avec elle, c'est sa conviction qu'une langue régionale porte une vision du monde irremplaçable. « Le breton exprime des nuances sur la mer, la terre, les saisons, qui n'existent tout simplement pas en français. Perdre cette langue, c'est perdre une manière entière de penser et de voir les choses. » Elle déplore cependant que l'enseignement du breton reste marginal à l'école, malgré une demande croissante de nombreuses familles de la région.
Anaïs prépare aujourd'hui un dictionnaire sonore en ligne, rassemblant les voix de locuteurs âgés de toute la région, accessible gratuitement à tous. Un projet ambitieux, dit-elle, pour que cette langue continue de vivre, bien au-delà de la génération qui la parle encore couramment aujourd'hui.
* Bretonnant : qui parle la langue bretonne.
1.Avant de se consacrer au breton, Anaïs Le Goff…1 pt
2.Qu'est-ce qui a déclenché son engagement pour le breton ?1.5 pts
3.Anaïs parlait déjà couramment le breton depuis son enfance.1 pt
4.Que s'est-il passé avec l'homme de quatre-vingt-treize ans ?1.5 pts
5.Le travail de sauvegarde du breton permet à Anaïs d'avoir un poste stable à temps plein.1.5 pts
6.Selon Anaïs, perdre une langue régionale comme le breton signifie…1 pt
7.Anaïs prépare un dictionnaire sonore en ligne accessible gratuitement à tous.1.5 pts