Nadia Bensaïd photographie les derniers commerces des villages
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Nadia Bensaïd a 38 ans, et depuis cinq ans, elle photographie les derniers commerces de villages menacés de disparition. Ancienne journaliste dans un quotidien régional, elle a quitté la rédaction lorsque celle-ci a fermé, victime d'une restructuration, la laissant sans emploi mais avec un attachement intact pour le monde rural.
« Je me suis retrouvée sans travail du jour au lendemain, raconte-t-elle. Plutôt que de chercher un poste équivalent ailleurs, j'ai décidé de partir sur les routes, avec mon appareil photo, pour documenter quelque chose qui me semblait urgent : la disparition silencieuse des petits commerces de campagne. » Elle visite alors, un à un, des villages où l'épicerie, le café ou la boucherie ferment faute de repreneur, souvent après plusieurs décennies d'activité.
Nadia n'avait suivi aucune formation de photographe professionnelle. Elle a appris seule, en pratiquant chaque jour, en étudiant le travail d'autres reporters, et en demandant conseil à des professionnels rencontrés lors de ses voyages. « Au début, mes photos manquaient de sens : je photographiais juste des façades. Il a fallu que j'apprenne à raconter une histoire avec une seule image, en m'approchant vraiment des gens. »
Elle se souvient particulièrement d'un boulanger* installé depuis quarante ans dans un village de montagne, qui fermait boutique la semaine même de son passage. « Il m'a montré son four, encore chaud, en me disant que personne ne voulait reprendre le local. J'ai photographié ses mains couvertes de farine une dernière fois. Cette photo reste, pour moi, la plus forte de tout mon travail. » Elle a appris, quelques mois plus tard, que le local avait été transformé en résidence secondaire.
Le projet reste néanmoins difficile à financer. Nadia vit principalement de commandes ponctuelles et d'une bourse obtenue auprès d'une fondation culturelle, insuffisante pour couvrir tous ses déplacements à travers le pays. « Certains mois, je dois refuser un voyage pourtant nécessaire, faute de budget. C'est frustrant de devoir choisir quel village je vais documenter, sachant que d'autres fermeront avant que je puisse y retourner. »
Ce qui frappe, en discutant avec elle, c'est sa conviction que ces commerces représentent bien plus que de simples boutiques. « Une épicerie qui ferme, ce n'est pas seulement un magasin en moins. C'est un lieu où les habitants se croisaient, échangeaient des nouvelles, existaient encore socialement. » Elle déplore cependant que les pouvoirs publics réagissent souvent trop tard, une fois le commerce définitivement fermé, alors que des aides existent pour soutenir les repreneurs potentiels dans ces territoires isolés.
Nadia prépare aujourd'hui une exposition itinérante qui présentera ses photographies directement dans les villages concernés, plutôt que dans une galerie parisienne. Une manière, dit-elle, de rendre ce travail à ceux qui l'ont rendu possible, et de continuer, image après image, à garder une trace de ce monde qui s'efface peu à peu, avant qu'il ne soit trop tard pour le raconter.
* Boulanger : artisan qui fabrique et vend du pain.
1.Avant de devenir photographe indépendante, Nadia Bensaïd…1 pt
2.Nadia a quitté volontairement son emploi de journaliste pour se consacrer à la photographie.1 pt
3.Comment Nadia a-t-elle appris la photographie ?1.5 pts
4.Que représente pour Nadia la photo des mains couvertes de farine du boulanger ?1.5 pts
5.Le local du boulanger a ensuite été repris par un autre commerçant.1.5 pts
6.Financièrement, le projet de Nadia…1 pt
7.Nadia prévoit de présenter son exposition uniquement dans une galerie parisienne.1.5 pts