Manon fait rire les enfants malades dans les services pédiatriques
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Depuis neuf ans, Manon Ferreira enfile un nez rouge et pousse un chariot de marionnettes dans les couloirs des services pédiatriques*, plutôt que d'arpenter les scènes de théâtre classique où elle avait pourtant fait ses débuts.
Formée dans un conservatoire régional, Manon rêvait alors de grandes tournées et de rôles marquants au théâtre. « Je faisais des castings toutes les semaines, souvent sans réponse. C'était épuisant, autant financièrement que moralement. » Le tournant survient lorsqu'une amie comédienne l'invite à remplacer, au pied levé, une intervenante malade dans un hôpital pour enfants. « Je pensais que ce serait une mission ponctuelle. En sortant de cette première visite, j'ai su que je ne pourrais plus faire autrement. »
Manon se forme alors auprès d'une association spécialisée dans l'accompagnement par le clown à l'hôpital, un travail bien différent du théâtre traditionnel. « Il faut apprendre à lire une chambre en quelques secondes : l'humeur de l'enfant, la fatigue des parents, la présence ou non de douleur. Rien n'est écrit à l'avance. » Elle suit également une formation courte avec des soignants, pour comprendre les limites à respecter dans un service médical.
Une visite reste gravée dans sa mémoire : un enfant hospitalisé depuis des mois, très affaibli, refusait tout contact avec le personnel. Après plusieurs séances silencieuses, il a fini par sourire, puis par tendre la main vers une marionnette. « Son père pleurait dans le couloir. Il m'a dit que c'était le premier sourire de son fils depuis trois semaines. » Cet instant, dit-elle, résume à lui seul l'utilité de son métier.
Le travail reste pourtant précaire. Les associations qui l'emploient dépendent de dons et de subventions renouvelées chaque année, sans aucune garantie de pérennité. « Certains mois, je ne sais pas si mon contrat sera reconduit. C'est très différent de la sécurité qu'offre un poste classique. » Manon complète ses revenus par quelques spectacles pour le grand public, mais consacre l'essentiel de son temps à l'hôpital, par choix autant que par conviction.
Ce qui la porte, au fond, c'est une certitude simple : le rire garde une place essentielle, même dans les moments les plus difficiles. « On croit souvent qu'un hôpital est un lieu uniquement triste. Pourtant, un enfant qui rit, même brièvement, retrouve un peu de force pour affronter la suite. » Elle regrette néanmoins que ce type d'accompagnement reste encore mal reconnu par certaines directions hospitalières, jugé accessoire face aux soins médicaux proprement dits.
Aujourd'hui, Manon forme de jeunes comédiens à cette pratique exigeante, convaincue que le clown à l'hôpital mérite un vrai statut professionnel. « Je ne joue plus pour être applaudie. Je joue pour qu'un enfant oublie, quelques minutes, où il se trouve. C'est le plus beau rôle que j'aie jamais eu. »
* Service pédiatrique : service d'un hôpital réservé aux enfants malades.
1.Avant de travailler à l'hôpital, Manon faisait des castings pour le théâtre classique.1 pt
2.Comment Manon a-t-elle commencé à travailler en milieu hospitalier ?1.5 pts
3.Manon a suivi une formation spécialisée en clown à l'hôpital, ainsi qu'une formation avec des soignants.1 pt
4.Que s'est-il passé avec l'enfant hospitalisé depuis des mois ?1.5 pts
5.Sur le plan professionnel, le travail de Manon…1.5 pts
6.Manon regrette que le clown à l'hôpital soit encore mal reconnu par certaines directions hospitalières.1 pt
7.Que fait Manon aujourd'hui, en plus de ses visites à l'hôpital ?1.5 pts