Yann a quitté les cargos pour accompagner des adolescents en voilier
Vous lisez cet article sur le site Internet d'un magazine culturel. Répondez aux questions. (~35min à l'examen — ici, prends ton temps)
Document
Yann Le Gall a navigué pendant vingt-deux ans sur des cargos*, avant de poser définitivement le pied à terre pour devenir moniteur de voile auprès d'adolescents en difficulté, près de Lorient. Un virage radical, qu'il assume aujourd'hui sans le moindre regret.
Officier mécanicien dans la marine marchande, Yann passait alors plus de huit mois par an loin de sa famille, entre escales lointaines et longues traversées. « J'ai vu naître mes enfants par appels vidéo, depuis un bateau au milieu de l'océan. À un moment, le prix à payer m'a semblé trop élevé. » La décision de quitter la mer professionnelle mûrit pendant plusieurs années, jusqu'à un accident technique grave survenu à bord, qui le pousse à reconsidérer entièrement ses priorités.
De retour sur la terre ferme, Yann découvre presque par hasard une association qui propose des sorties en voilier à des jeunes suivis par la protection de l'enfance. « Je me suis dit que je pouvais transmettre autre chose que des manœuvres techniques : de la rigueur, de la confiance, un cadre. » Il obtient son diplôme de moniteur en un an, tout en travaillant bénévolement les week-ends pour se former auprès d'éducateurs spécialisés.
Une sortie reste particulièrement marquante à ses yeux : un adolescent, arrivé fermé et agressif, refuse d'abord de monter à bord. Après plusieurs semaines de patience, ce même jeune finit par barrer** seul le voilier, sous le regard fier de tout le groupe. « Il m'a dit ensuite que c'était la première fois qu'on lui faisait confiance pour quelque chose d'important. Cette phrase m'a marqué pour toujours. »
Le quotidien reste néanmoins exigeant. Certains jeunes arrivent avec une violence ou une détresse que Yann n'était pas préparé à gérer seul, malgré son expérience de la mer. « On me dit parfois que naviguer suffit à canaliser les jeunes. C'est faux : sans le travail des éducateurs à mes côtés, rien ne fonctionnerait vraiment. » Le budget de l'association reste fragile : il dépend de subventions renouvelées chaque année, sans aucune garantie sur le long terme.
Ce qui frappe chez Yann, c'est sa conviction que la mer impose une discipline différente de toutes les autres. « Sur un bateau, on ne peut pas mentir : le vent, les vagues, l'équipage, tout vous ramène à la réalité. C'est une école d'humilité incomparable. » Il regrette cependant que trop peu de structures similaires existent en France, alors que la demande des services sociaux ne cesse d'augmenter chaque année.
Aujourd'hui, Yann forme un jeune ancien marin à devenir moniteur à son tour, convaincu que son expérience du large peut encore servir à d'autres adolescents fragilisés. « Je n'ai jamais autant navigué que depuis que j'ai arrêté de partir loin. Chaque sortie change une vie, parfois la mienne aussi. »
* Cargo : grand bateau destiné au transport de marchandises.
** Barrer : diriger un bateau en tenant la barre ou le gouvernail.
1.Pendant vingt-deux ans, Yann a travaillé…1 pt
2.Un accident technique grave à bord a poussé Yann à reconsidérer ses priorités.1 pt
3.Comment Yann a-t-il obtenu son diplôme de moniteur ?1.5 pts
4.L'adolescent arrivé fermé et agressif a fini par diriger seul le voilier.1.5 pts
5.Selon Yann, pour gérer la violence ou la détresse de certains jeunes…1.5 pts
6.Que regrette Yann concernant ce type de structures en France ?1 pt
7.Aujourd'hui, Yann forme un jeune ancien marin à devenir moniteur.1.5 pts