Camille sillonne les villages pour faire vivre les histoires
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Camille Fontaine a 34 ans, et depuis six ans, elle exerce un métier peu commun : conteuse* itinérante. Ingénieure de formation, elle travaillait dans un bureau d'études parisien lorsqu'elle a décidé, du jour au lendemain, de tout quitter pour parcourir les villages de France avec, pour seul bagage, un sac à dos et un répertoire d'histoires apprises par cœur.
« Je gagnais bien ma vie, mais je m'ennuyais profondément, raconte-t-elle. Un soir, une amie m'a emmenée écouter un conteur dans une petite bibliothèque de campagne. En sortant, j'ai su que c'était ça que je voulais faire, même si je ne savais pas encore comment en vivre. » Elle met alors deux ans à se former : stages avec des conteurs professionnels, lectures de contes traditionnels, et surtout de très nombreuses heures passées à raconter devant un public, d'abord gratuitement, pour apprendre son métier.
Aujourd'hui, Camille intervient principalement en milieu rural**, là où l'offre culturelle est souvent limitée. Bibliothèques municipales, écoles, maisons de retraite : elle adapte son répertoire à chaque public. « Avec les enfants, je raconte des histoires qui font peur, juste ce qu'il faut. Avec les personnes âgées, je redonne vie à des contes que beaucoup ont entendus dans leur enfance, et ça déclenche des souvenirs magnifiques. » Elle se souvient en particulier d'une résidente d'une maison de retraite qui n'avait pas parlé depuis des semaines, et qui s'était mise à fredonner une comptine que Camille venait de raconter.
Le métier n'est pourtant pas simple financièrement. Les cachets varient énormément d'une commune à l'autre, et Camille doit souvent compléter ses revenus par des ateliers d'écriture ou des interventions en entreprise. « Les premières années, j'ai vécu avec très peu d'argent. Mais je n'ai jamais regretté, pas une seule fois. » Elle loue aussi la solidarité entre conteurs, qui s'échangent des adresses de programmateurs et se relaient parfois sur une même tournée — un réseau informel, mais précieux, qui compense l'absence quasi totale de formation officielle ou de statut reconnu pour cette profession atypique.
Ce qui frappe surtout, en l'écoutant, c'est sa conviction que le conte a quelque chose d'irremplaçable face aux écrans. « Un enfant qui regarde une vidéo est spectateur. Un enfant qui écoute un conte invente les images dans sa tête : il devient acteur de l'histoire. » Elle s'inquiète cependant d'un désintérêt progressif de certaines mairies pour ce type de spectacle, jugé moins spectaculaire qu'un concert ou un feu d'artifice, alors même que les places sont souvent complètes.
Camille prépare aujourd'hui son premier spectacle pour adultes uniquement, autour de récits plus sombres. Elle y travaille depuis plusieurs mois, entre deux tournées, avec l'aide d'une metteuse en scène qui l'accompagne pour trouver le bon rythme entre les silences et les éclats de voix. Une manière, dit-elle, de montrer que le conte n'est pas réservé aux enfants — et de continuer à surprendre, année après année, un public toujours plus fidèle.
* Conteur/conteuse : personne qui raconte des histoires à l'oral, souvent des légendes ou contes traditionnels.
** Milieu rural : la campagne, les zones peu peuplées, par opposition à la ville.
1.Avant de devenir conteuse, Camille…1.5 pts
2.Qu'est-ce qui a poussé Camille à changer de vie ?1.5 pts
3.Camille a immédiatement pu vivre de son nouveau métier.1 pt
4.Camille adapte ses histoires selon le public auquel elle s'adresse.1 pt
5.Que s'est-il passé avec la résidente de la maison de retraite ?1.5 pts
6.Financièrement, le métier de conteuse itinérante…1 pt
7.Selon Camille, quelle est la différence entre un enfant qui regarde une vidéo et un enfant qui écoute un conte ?1.5 pts